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"En Grèce les impôts sont payés en nature..."
Extrait de La Grèce contemporaine par Edmond About en 1858.
Observations générales sur la situation financière de la Grèce.
- La Grèce vit en pleine banqueroute depuis sa naissance.
- Les impôts sont payés en nature.
- Les contribuables ne payent point l’Etat, qui ne paye point ses créanciers.
- Budget d’exercice et budget de gestion.
- Les ressources du pays ne sont pas accrues en vingt années.
Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre, que je crois nécessaire, avant d’entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.
- La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance.
- Si la France ou l’Angleterre se trouvait seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute.
- Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit.
Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt fait à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement Grec n’a jamais tenté, et qu’il aurait tenté sans succès. Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négocie un emprunt à l’extérieur.
Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays, et, une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer.
Aujourd’hui, elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais. Dans le cas où les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.
La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes qu’il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d’abord d’affermer l’impôt mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l’Etat, qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre.
Depuis que l’Etat s’est chargé lui-même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne payent pas.
Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influent, trouvent moyen de frustrer l’Etat, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sans avenir assuré, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point comme chez nous, les intérêts de l’Etats. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l’argent.
Quant aux petits propriétaires, qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies, soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.
La loi n’est jamais, en Grèce, cette personne intraitable que nous connaissons ; les employés écoutent les contribuables. Lorsqu’on se tutoie et qu’on s’appelle frères, on trouve toujours moyen de s’entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup et s’aiment un peu : ils ne connaissent guère cet être abstrait qu’on appelle L’Etat, et ils ne l’aiment point. Enfin, le percepteur et prudent : il sait qu’il ne faut exaspérer personne, qu’il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui, et qu’un accident est bientôt arrivé.
Les contribuables nomades, les bergers, les chérons, les charbonniers, les pêcheurs, se font un plaisir et presque un point d’honneur de ne point payer d’impôt. Ces braves gens de souviennent qu’ils ont été Pallicares : ils pensent, comme du temps des Turcs, que leur ennemi c’est leur maître, et que le plus beau droit de l’homme est de garder son argent.
C’est pourquoi les ministres des finances, jusqu’en 1846, faisaient deux budgets des recettes :
- l’un, le budget d’exercice, indiquait les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l’année, les droits qui lui seraient acquis
- l’autre, le budget de gestion, indiquait ce qu’il espérait recevoir. Et comme les ministres des finances sont sujets à se tromper à l’avantage de l’Etat dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées,
- il aurait fallu faire un troisième budget, indiquant les sommes que le gouvernement était sûr de percevoir.
H24 : nous remercions Xavier Beal du cabinet Lazuli Conseil pour ces archives familiales "enrichissantes".
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